Près de treize mois en moyenne, c’est le dernier indicateur conjoncturel de durée au chômage de Pôle emploi. Il peut dérouter les candidats en décalage avec la réalité du marché du travail. Celui-ci, un grand bazar plus qu’un supermarché, demande qu’on prenne le temps de le connaître, de découvrir des opportunités insoupçonnées, d’échanger avec ses acteurs. Toutes choses qui supposent que l’on ait ce temps-là.

Le saviez-vous ? Selon le dernier indicateur conjoncturel de durée au chômage (ICDC), un chercheur d’emploi resterait en moyenne inscrit environ 13 mois consécutifs à Pôle emploi. Un chiffre qui doit faire réfléchir les candidats qui pensent avoir du temps devant eux et qu’il suffit de se mettre en action pour rester dans les temps du droit à l’allocation chômage. Car dans la tête de plein d’entre eux, les choses doivent être aussi simples et rapides qu’au Daily Monop : j’envoie mon CV, il est lu avec bienveillance par une personne dont le métier consiste à me répondre et à me proposer un CDI au bout du processus.
Le job serait, comme au supermarché, à un endroit précis et pas ailleurs ou alors il ne serait nulle part. Ainsi, sa liste en main, le bon rayon repéré, avisant un paquet de biscottes une offre d’emploi, la soupesant, vérifiant autant que faire se peut son contenu, le candidat dit : « Ah, ce job-là, sous-payé, non. » Changeant d’allée, il dit aussi : « Je-veux-me-reconvertir-garder-le-même-salaire-faire-quelque-chose-d’intéressant-dans-lequel-je-n’ai-aucune-expérience-avec-le-même-niveau-de-responsabilité ». Faisant le tour du magasin, il se dit encore : « Jamais-je-ne-prendrai-un-poste-en-dessous-de-mon-niveau-de-salaire-ou-de-responsabilités ». Repassant dix fois dans la même allée, il dit et redit : « Je-suis-hyper-motivé-pour-bosser-dans-l’environnement-mais-dans-quelle-boîte-aucune-idée… »
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« Bizarre, rien ne marche, il n’y a rien qui m’aille. » Et la moutarde de monter au nez. Et le temps de s’écouler.Caricature ? Si seulement. Nous voudrions vous faire atterrir. « Ces bases de raisonnement, très courantes, de la part de candidats aux profils très variés, sont le signe de réflexions non abouties », pointe Vincent Giolito, coach, directeur de NouvelleCarrière et auteur de l’ouvrage Le livre pour trouver votre travail (Eyrolles, septembre 2013).Le marché de l’emploi, un bazar où il faut trouver ses repères

Ce type de raisonnement traduit des attentes en décalage significatif avec la réalité du marché du travail. Car en vérité, ce marché-là ressemble, au choix, au souk de Marrakech, aux marchés de Provence, à un bazar ou à une foire à la brocante. « Il faut trouver ses points de repère dans ce genre de lieu, y aller une fois, deux fois, trois fois, marchander, négocier, apprendre à éviter les emmerdeurs avant de repartir avec ce qui fait plaisir », explique notre interlocuteur.

Le temps de chercher

On rentre par un bout de cet endroit grouillant sans savoir par quel autre bout on en ressortira, ni avec quoi : on y est venu pour trouver une poterie, on en partira peut-être avec trois savons. Pour l’aborder au mieux, il faut avoir le temps de fouiller mais, comme nous le rappelle l’ICDC mentionné plus haut, plus il faut de temps pour faire les choses, plus le temps se réduit. C’est donc en avance qu’il faut arriver sur ce marché « pour commencer à prendre des informations avant d’avoir dans la tête l’idée de trouver un contrat de travail », souligne Vincent Giolito. Cela veut dire qu’il faut séparer l’idée de chercher de celle de trouver car – vous en avez certainement déjà fait l’expérience –, lorsque l’on veut trouver, on rame et quand on cherche, on trouve.

Connaître son marché dans tous ses recoins

Quelles sont les tendances de mon marché ? Les entreprises qui font son actu, qui le bousculent, celles qui grandissent, celles qui périclitent ? C’est plus que bon à savoir, c’est essentiel. On y arrive en se tenant au courant, en lisant les journaux, en suivant les journalistes sur les réseaux. L’information comme le rappelle notre interlocuteur sert à savoir, quand on vise par exemple le secteur automobile, « que Peugeot c’est moyen et que Valeo, c’est mieux, que l’automobile se porte moins bien que l’aéronautique ».
Par ailleurs, pensez à identifier sur les réseaux les personnes qui peuvent faire figure de modèle pour ensuite entrer en contact avec elles. Cela permet de comprendre leur parcours, les chemins empruntés pour atteindre un objectif qui ressemble au vôtre.

S’intéresser sans idée d’acheter

Internet donne accès à l’information, il ne faut pas s’en priver, toutefois, il ne donne jamais ou très rarement un job. Comme le constate Vincent Giolito, « les démarches qui aboutissent sont celles effectuées lors d’échanges en face-à-face ». Ainsi, pour réduire le décalage entre la réalité de ce marché et les attentes que l’on a, « il faut se réhabituer à faire quelque chose dont on a perdu l’habitude : discuter avec les gens sur le terrain », poursuit-il. On peut discuter avec le marchand de pommes, lui demander quelle est la bonne saison pour la récolte, comment elles sont aujourd’hui, si la météo est favorable… On peut s’informer sur les pommes sans lui en acheter et lui dire que l’on reviendra plus tard. Essayez aussi avec le marchand de champignons et voyez la tête qu’il fait ou le prix qu’il affiche si vous lui demandez des girolles en février. L’important est de prendre des informations, de s’intéresser aux entreprises et aux gens dans les entreprises, c’est notre credo.

Quand on arrive à sortir de cette logique de supermarché, tout ceci peut se terminer par un détour chez le caviste, le fleuriste ou… Un job trouvé après tant de temps et d’efforts, cela mérite qu’on se fasse plaisir, non ?

Sophie Girardeau

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